Laurent Sauvage Comédien

Rencontre avec Laurent Sauvage - Comédien

Laurent Sauvage est comédien et metteur en scène. Il a joué récemment dans « Le Camion », de Marguerite Duras, mis en scène par Marine de Missolz. Une pièce dans laquelle nous découvrons une facette de lui plus espiègle. Ces dernières années, nous l’avons retrouvé dans plusieurs mises en scène signées Stanislas Nordey, avec lequel trente ans de compagnonnage les lient. Dernier spectacle en date « Erich Von Stroheim », de Christophe Pellet au Théâtre du Rond-Point. Côté mise en scène, Laurent Sauvage a orchestré une lecture très intimiste à la Scène Thélème, d’un texte peu connu de Marguerite Duras, « La Cuisine de Marguerite ».

Extrait lu : Discours de Thomas Bernhard en 1965- « Le Froid augmente avec la clarté »

Il y a cinquante ans encore l’Europe était un vrai conte de fées. Beaucoup aujourd’hui vivent dans ce monde de conte de fées, mais ceux-là vivent dans un monde mort et il s’agit d’ailleurs de morts. Celui qui n’est pas mort vit, et pas dans les contes ; celui-là n’est pas un conte. 

Moi-même, je ne suis pas un conte, je ne sors pas d’un conte de fées, j’ai dû vivre dans une longue guerre et j’ai vu mourir des centaines de milliers de gens et d’autres continuer de vivre en passant sur leurs cadavres ; tout a continué, dans la réalité ; tout a continué ; tout a changé en vérité ; en ces cinq décennies où tout s’est révolté et où tout s’est transformé en la réalité et la vérité, je sens que j’ai toujours plus froid tandis qu’un vieux monde s’est transformé en nouveau monde, une vieille nature en une nouvelle nature.

Vivre sans contes de fées est plus difficile, c’est pourquoi il est si difficile de vivre au XXème siècle ; d’avancer ; vers où ? Je ne suis, je le sais, sorti d’aucun conte de fées et je n’entrerai dans aucun conte de fées, voilà déjà un progrès et voilà une différence entre hier et aujourd’hui.
Nous sommes sur le territoire le plus effroyable de l’histoire tout entière. Nous sommes terrifiés, et terrifiés en tant que matériau à ce point monstrueux de l’homme nouveau et de la connaissance nouvelle de la nature, du renouvellement de la nature ; tous ensemble nous n’avons rien été d’autre pendant ce demi-siècle qu’une grande douleur ; cette douleur aujourd’hui c’est nous ; cette douleur est maintenant notre état d’esprit.